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Les valeurs qui me guident
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Les valeurs qui me guident

Publié le 3 juin 2021

J’ai travaillé plusieurs années dans une entreprise dont je n’étais pas fière, me pliant à une hiérarchie rigide aux méthodes honteuses avec ses salariés comme avec ses clients. Si j’y suis restée si longtemps, moi qui n’ai pas l’habitude de subir sans réagir, c’est parce que j’ai réussi je ne sais trop comment à me persuader que ce poste était un compromis raisonnable. Il a fallu un long arrêt de travail pour comprendre que le décalage croissant entre les valeurs que je cultive et celles qui régissent la société m’était devenu insupportable, mon milieu professionnel étant la partie la plus visible du problème. Alors si je prends ma plume aujourd’hui en mettant de côté ma pudeur et au risque d’offenser plus d’un lecteur, c’est pour faire entendre ma voix contre cette société vénale, individualiste, speed et superficielle, dans l’espoir de jouer un rôle si minime soit-il d’agitateur de conscience. Cet article parle de voyage et de blogging, mais aussi et surtout de la vie, de nous tous, du monde que nous construisons…

Une société qui ne va pas dans le bon sens

Cette impression que tout se casse la figure et que nous allons droit dans le mur, nous sommes de plus en plus nombreux à la partager, bien souvent pour des raisons liées de près ou de loin à la politique, à l’économie et au climat. Le malaise que je perçois est pour ma part plus proche, plus concret, il est partout autour de moi, tout le temps. Là où devrait régner la coopération, la bienveillance, la simplicité, je vois de plus en plus l’appât du gain, l’aigreur, l’égoïsme, la futilité : les inconscients qui se collent derrière votre pare-chocs sur l’autoroute en multipliant les appels de phare parce qu’ils sont "très pressés", les personnes qui ne mettent pas de gel hydro-alcoolique à l’entrée des commerces et portent leur masque sous leur nez, ces conflits à répétition avec des vendeurs qui se pensent au-dessus des lois, ces bailleurs qui essayent de vous arnaquer à chaque occasion, ces gens vissés sur les réseaux sociaux pendant que vous leur parlez…

La course à la rentabilité, matérielle et psychique, a conduit à une détérioration des conditions de travail et à une perte de sens, mais aussi à l’instauration d’un modèle à cent à l’heure dont il est impossible de suivre le rythme. Là-aussi, les exemples du quotidien ne manquent pas : ces mamans stressées que je croise le soir en allant chercher mon fils chez la nounou, ces proches dont je me suis éloignée, lassée d’une relation presque à sens unique faute de temps qu’ils avaient à y consacrer… Comment pourrait-on briller 40 ou 50 heures par semaine au travail, tout en élevant patiemment ses enfants, entretenant la flamme de son couple, prenant soin de ses grands-parents, faisant 30 minutes de marche chaque jour, cuisinant soi-même ses repas, se cultivant, étant à l’écoute de ses amis et de ses voisins et accessoirement, se livrant à quelques "passe-temps" ? Face à cette impossibilité mathématique de tout mener de front, chacun fait ses choix, aussi librement que ce que notre conditionnement nous laisse de marge de manœuvre ; sacrifier une grande partie de notre précieux temps pour assouvir la soif d’argent et de réussite de quelqu’un d'autre demeure la réponse de beaucoup d’entre nous. Parce qu’on ne se définit souvent plus que par son travail, peu ou prou calqués sur le modèle métro-boulot-dodo-5-semaines-de-congés-par-an.

Et je pense que l’on se trompe. Que l’on a oublié la valeur de la vie et du temps qu’elle nous offre. Qu’il nous faut ralentir et nous recentrer sur l’essentiel : l’amour, la santé, la nature. Cesser de conjuguer le mot travail à toutes les sauces et raisonner en termes d'utilité sociale...

Le cas de la sphère du blogging

Ces valeurs de simplicité et d’entraide qui me sont chères constituent aussi le fil d’Ariane de mon blog de voyage. Il s’agit d’un travail conséquent que je mène avec passion, sans autre récompense que des échanges (trop rares à mon goût) avec mes lecteurs. Je considère un peu cela comme ma modeste contribution à la collectivité. Montrer la beauté de notre planète pour mieux donner envie de la préserver, inciter à s’émerveiller devant les petites choses, apporter un peu de bonheur aux gens en leur donnant des informations qui leur permettront de passer de beaux moments…

Cette vision, c’est aussi la raison pour laquelle je ne me sens pas du tout appartenir à cette blogosphère à la recherche d’approbation sociale, dont les blogueurs ne rédigent presque plus que des articles quémandés par les institutions de tourisme, qui partagent en direct leurs week-ends sur Instagram plutôt que de les vivre, et qui ont eu besoin de la crise sanitaire pour s’apercevoir que "en France aussi" c’est joli (à coup d’articles sur "les 10 endroits en France qui ont un air de bout du monde", évidemment !). La toile est noyée de ces ambassadeurs publicitaires très politiquement corrects, qui publient bien souvent du spectacle et du rêve par procuration plutôt que des infos et des opinions. Du partage certes, mais intéressé ; par l’argent, par le besoin d’exister via son blog, par la fierté d’exposer les pays qu’ils ont "faits", etc. Triste société basée sur l'image que l'on renvoit.

Nul doute que chacun est libre de bloguer comme il veut, là est justement la magie d’internet, et il serait faux de dire que ce type de publications ne me sont jamais utiles. Mais ce qui me dérange, c’est que cet étalage artificiel prenne toute la place, rendant les petits blogs authentiques difficiles à trouver, éclipsant le "vrai", ancrant les gens dans la croyance que la vie est un spectacle. Une minute est mieux employée à sortir écouter le vent dans les arbres de son jardin, plutôt qu’à baver d’envie devant ces blogueurs "qui ont trop de chance" ! La beauté et la poésie sont partout, il est urgent de réapprendre à les voir…

Lever de soleil depuis mon jardin

Le cas des forums et des groupes Facebook de voyage

Au départ, le principe est super : partager des infos, des photos, des idées, la passion d’une région ou de la rando... Sauf qu’ici comme ailleurs, on retrouve de plus en plus de comportements méprisants : les réponses condescendantes qui jugent l’(in)intérêt de la question, les personnes qui n’acceptent pas l’expression d’une opinion différente de la leur si gentiment soit-elle exprimée, celles qui ne savent exprimer leur désaccord que par l’injure... Ca râle, ça critique, ça insulte, et ça partage malheureusement beaucoup plus de mauvaise humeur que d’informations. D’abord étonnée, puis agacée, et désormais complètement dépitée par cette méchanceté omniprésente, j’ai délaissé beaucoup de ces canaux de communication, préférant me protéger de cette toxicité en renonçant à cet échange d’expériences. Dommage, mais représentatif d'une société d'excès, qui a pris tout ce que lui apportait la modernité sans se poser de questions, prioriser, ni équilibrer.

Mais le fond du problème, c’est que ces personnes sont un échantillon de notre société et la façonnent ; faire comme si elles n’étaient pas là ne fait que leur permettre de s’enraciner encore plus profondément. Voilà pourquoi je pense que nous ne devrions rien laisser passer, et que l’on arrête de considérer de "petites piques" comme des choses "pas très graves", comme je l’ai souvent lu. On ne doit pas s’habituer à la méchanceté ! Ce qui dessert l’intérêt commun pour permettre à certains de se défouler ou de tromper l’ennui n’a pas sa place dans une communauté.

Notre responsabilité à tous

Il est de notre responsabilité à tous de construire la société dans laquelle nous voulons vivre et que nous voulons laisser à nos enfants, chacun à la mesure de nos moyens. Le monde de demain sera ce que nous en ferons. Ces petits et grands maux, ces petites et grandes déviances, désagréables, immorales ou illégales, sont pour moi tous et toutes à mettre dans le même panier. Ce sont l’ensemble de ces comportements inadéquats ou malveillants qui nous ont éloignés les uns des autres, éloignés de ce qui est vraiment important, créant une collectivité morose qui n’en a que le nom, et nous rendant inaptes à faire face aux bouleversements environnementaux et sociétaux qui se jouent.

Que ce soit dans le milieu professionnel ou dans la vie privée, je suis persuadée que nous ne devons laisser aucune place à l’antipathie, à la pression, et que c’est justement parce que nous laissons faire sous prétexte que "ce n’est pas si grave", que "c’est comme ça partout", ou que "on ne peut rien faire à notre niveau" que notre société se dirige dans un si mauvais sens. Nous devons réintroduire du sens à la vie et au travail, tendre vers une société plus saine, plus humaniste. Ce n’est pas une utopie, mais cela nécessite de sortir de notre conditionnement pour prendre conscience qu’une autre voie est possible. Et pour ça, il faut lire, se poser des questions, réfléchir, discuter, aiguiser son esprit critique…

La suite de mon chemin

"Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde" a dit Gandhi. C’est précisément là où j’en suis. Sensibiliser à la contemplation et à l’enchantement des cimes via mon blog ne me suffit plus. J’ai besoin d’être davantage active dans la construction du monde que je souhaite voir.

Parmi cet inventaire cafardeux que je viens de faire, il existe aussi évidemment beaucoup de bonnes choses, et ce sont elles qui m’ont guidée vers mon nouveau projet professionnel. Les brèves et nombreuses rencontres avec des randonneurs le long des chemins ont d’ailleurs compté pour beaucoup ; je pense que c’est ce "monde-là" que l’on devrait retrouver partout : un monde où le contact est facile, l’entraide évidente, la simplicité de mise, l'émerveillement communicatif… J’ai décidé de me lancer en tant que photographe indépendante en proposant des prestations en pleine nature et à domicile, pour les marcheurs, les couples, les familles, les petits bouts… C’est la chance de m’ancrer professionnellement dans ces valeurs qui me guident : faire plaisir aux gens, marquer l’instant, célébrer le beau et l’amour partagé avec ses proches…

La suite de mon chemin

Cet article n’est ni un éloge hippie ni une condamnation sans nuance de la modernité, je ne prétends ni apporter de solution miracle ni ne pas avoir mes propres contradictions, mais c’est un appel sincère à la réflexion. La place du travail, la préoccupation écologique, l'existence par les réseaux sociaux, autant de notions que je n'ai fait qu'effleurer et qui mériteraient d'être longuement développées...

Quelques extraits de mes lectures

J’étais née et j’avais grandi dans un pays de libertés et d’opportunités. J’avais pu choisir mes études, mon métier, mon mari. J’avais pu choisir de ne pas avoir d’enfant à l’heure où je n’en désirais pas. Si le système m’avait conditionnée, il ne m’avait pas emprisonnée. Ma servitude avait été purement volontaire. Et c’était cette même volonté qui me donna les moyens de m’en affranchir. (Là où je continuerai d’être, Linda Bortoletto)

La nature nous a donné un cerveau pour le laisser fleurir et développer un esprit critique. (Le monde en stop, Ludovic Hubler)

L'immense majorité refuse de voir qu'il s'agit non pas d'une crise politique et économique, mais d'une crise des valeurs morales. N'étant pas habitués à naviguer dans ce genre de mer, ça nous fait peur pour la simple raison qu'il n'est pas toujours facile de se décoller les paupières et de se déboucher la comprenante. Mais il faudra bien que nous finissions par choisir entre une avancée fulgurante de la trique robotisée… ou une élévation des consciences individuelles et collectives. (Tamata et l'alliance, Bernard Moitessier)

Je suis jaloux. Homo sapiens est le seul être qui ne se repose jamais. N’importe quel pissenlit printanier y reconnaîtrait un grand malade. Un fou. Un cinglé, un fada, un allumé, un givré, un barjot, un timbré, un frappadingue… Nous ne cessons de gigoter, de la maternelle à l’hospice. Métro, boulot, et de moins en moins dodo… Nous prenons des vacances pour mieux bouger. Nous sillonnons le globe en tous sens. Nous ne souffrons l’oisiveté ni chez nous, ni chez autrui. Nos religions, nos philosophies, notre économie politique, notre morale exaltent la sueur de notre front. Nous tenons pour assuré que le travail constitue notre plus noble conquête. Nous l’aimons tellement que nous refusons de le partager avec ceux qui n’en ont pas. (Voyage au pays des montagnes, Yves Paccalet)

Il y a là quelque-chose d’assez malsain, il faut bien en convenir, du chasseur collectionneur de trophées dont le but n’est pas dans l’approche et la compréhension d’un territoire, mais la conquête pure et simple. Je porte le même regard sur ces gens qui collectionnent et "font" les pays comme on se "fait" une nana ou un sanglier. (Mémoires glacées, Nicolas Vanier)

Je me réfugie dans un petit parc — un havre comme il en existe des centaines dans ces mégapoles délirantes — où l’homme a décidé d’enfermer ce que le monde contient de poésie et de beauté pour qu’elles puissent encore y éclore, sous bonne garde, sans risquer de contaminer le diamant pur du business. (L'homme qui marche, Jean Béliveau)

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